
Depuis 2011, Tiago Pereira, 52 ans, se consacre à sauver des voix cachées et des artistes sans scène à travers le projet « Música Portuguesa a Gostar Dela Própria ». Le réalisateur et animateur radio a parcouru environ 230 municipalités du pays pour enregistrer des personnes et leurs chansons, dans un geste d'appréciation pour toute la musique, qu'elle soit professionnelle ou populaire. Toute cette mémoire collective est à portée de clic via Lastro, un moteur de recherche qui propose une nouvelle façon d'explorer la musique et la tradition orale.
Récemment, Pereira a amené le projet dans le quartier lisboète de Benfica pour démontrer comment, au sein d'un seul quartier, se cache un univers de traditions musicales — venant de l'intérieur du pays et même d'autres nationalités. Bien qu'il ne s'identifie pas au modèle d'enseignement traditionnel, c'est précisément à partir des écoles qu'il choisit de travailler. Pereira défend l'urgence d'apporter dans les salles de classe les outils de l'enregistrement et de l'écoute — une mission qu'il développe déjà à l'école Quinta de Marrocos, à travers le projet « Benfica à Música Portuguesa a Gostar Dela Própria ».
Dans une interview, Pereira explique que Benfica l'accompagne depuis son adolescence rebelle, lorsqu'il cherchait sa voie de créateur plutôt que de suivre un parcours scolaire classique. Il décrit le quartier comme un lieu qui, à la fin des années 1980, était une cité-dortoir mais avec des caractéristiques uniques. Benfica a accueilli de nombreux migrants de différentes régions du Portugal dans les années 1930-1960, qui y ont ouvert des épiceries, des commerces et autres entreprises.
Le deuxième flux migratoire important est celui des rapatriés des anciennes colonies après la révolution du 25 avril 1974. En particulier, de nombreux Cap-Verdiens sont venus à Benfica, ce qui explique la forte communauté cap-verdienne dans le quartier. Toutes ces vagues migratoires ont créé une riche palette musicale que Pereira cherche à capturer et à préserver.
Le projet Lastro permet non seulement d'écouter les enregistrements, mais aussi d'explorer les liens entre les chansons, les régions et les interprètes. Pereira estime que l'apprentissage de l'enregistrement et de l'écoute devrait faire partie du programme scolaire, afin que les jeunes générations puissent apprécier et préserver le patrimoine culturel. Son travail à Benfica n'est qu'une partie d'une mission plus vaste de documentation de la tradition musicale orale du Portugal.
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