Incitation au troisième enfant : peut-elle inverser le déclin de la natalité au Bhoutan ?

Le gouvernement bhoutanais a lancé le programme « Troisième enfant plus » (TCPP), offrant une allocation mensuelle de 10 000 ngultrums (environ 120 dollars) pour le troisième enfant et les suivants, jusqu'à l'âge de trois ans. Cette initiative est la tentative la plus directe du pays pour enrayer un déclin démographique qui s'accumule depuis des décennies. Cependant, experts et parents doutent que les seules incitations financières suffisent à inverser des tendances sociales profondément enracinées.
Au cours des trois dernières décennies, le Bhoutan a connu l'un des déclins de fécondité les plus rapides d'Asie du Sud. L'indice synthétique de fécondité est passé de 5,6 enfants par femme en 1994 à 1,7 en 2017. Le nombre de naissances enregistrées est tombé de 11 001 en 2015 à seulement 7 230 en 2025. La proportion de personnes âgées de 65 ans et plus devrait passer de 5,9 % en 2017 à 13,4 % d'ici 2047, exerçant une pression considérable sur une population active en diminution.
De nombreuses mères interrogées par le journal Kuensel ont exprimé leur scepticisme quant à l'efficacité du programme. Thandri Sunwar, 35 ans, mère de trois enfants, a noté que l'allocation mensuelle servirait principalement à rembourser des prêts et à couvrir les dépenses courantes, plutôt qu'aux soins de son nouveau-né. D'autres parents ont souligné que le coût des couches, du lait maternisé et des soins de santé absorbe rapidement la totalité de la somme. Une mère de deux enfants a calculé que les frais de garde d'enfants dépassent 10 000 ngultrums par mois, annulant ainsi l'incitation gouvernementale.
Les principaux obstacles à l'augmentation du nombre d'enfants, selon les femmes, sont le coût élevé de la garde d'enfants, l'insuffisance du congé de maternité (surtout dans le secteur privé, souvent limité à trois mois) et l'absence de flexibilité au travail. De nombreuses mères sont obligées d'emmener leurs enfants au bureau faute de solution de garde. Elles soulignent que l'argent ne résout pas le problème sans un système de garde fiable et un soutien aux parents qui travaillent.
Les responsables gouvernementaux reconnaissent que les seules incitations financières ne suffisent pas. Le programme TCPP a été conçu en tenant compte de cette limite, et le cadre prévoit explicitement la nécessité de conditions favorables à la famille. La Commission royale de la fonction publique révise les politiques de congé parental et de travail flexible. La Commission nationale pour les femmes et les enfants est chargée de créer des crèches. Cependant, selon les critiques, ces mesures ne sont pas encore pleinement mises en œuvre, et sans une approche globale incluant le logement abordable, l'éducation et la santé, le programme risque de ne pas atteindre son objectif.
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